Consultation d’urologie de la femme au CHU de Bordeaux

L’incontinence urinaire — la perte involontaire d’urine — concerne plusieurs millions de femmes en France. Ce n’est pas une fatalité : des solutions efficaces existent, adaptées à chaque mécanisme.

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Un symptôme fréquent

  • Selon les études, 25 à 40 % des femmes déclarent avoir une incontinence urinaire. Sa fréquence et sa sévérité augmentent avec l’âge, avec deux pics : autour de la ménopause, puis après 75 ans.
  • Les facteurs de risque sont multiples : âge, grossesses et accouchements par voie naturelle, ménopause, obésité, tabac, toux chronique, efforts répétés.
  • L’incontinence retentit sur la qualité de vie, le sommeil, l’activité physique et la vie intime. Pourtant, une minorité seulement des femmes concernées est prise en charge : il ne faut pas hésiter à en parler et à consulter.

Comprendre le mécanisme

La continence résulte d’un équilibre entre la vessie — un réservoir musculaire qui se remplit à basse pression — et l’urètre, le canal de sortie, fermé par son sphincter et soutenu par les muscles du périnée. Quand ce soutien s’affaiblit ou que la vessie se contracte de façon désordonnée, les fuites apparaissent. On distingue ainsi trois types d’incontinence : l’incontinence d’effort, l’incontinence par hyperactivité vésicale, et l’incontinence mixte qui associe les deux.

L’incontinence urinaire d’effort

  • Les fuites surviennent lors d’un effort — toux, éternuement, rire, port de charge, sport — sans envie d’uriner. En cause : un défaut de soutien de l’urètre ou une faiblesse du sphincter.
  • Le diagnostic est avant tout clinique ; dans sa forme typique, aucun examen complémentaire n’est nécessaire. Avant une chirurgie, une débitmétrie et parfois un bilan urodynamique sont réalisés.
  • La rééducation périnéale est proposée en première intention.
  • En cas d’échec, le traitement de référence est la pose d’une bandelette sous-urétrale, une intervention courte et efficace. La sécurité de ces dispositifs fait l’objet d’un suivi national renforcé (registre VIGI-MESH) auquel le service participe activement [2, 3].
  • D’autres solutions existent pour les situations particulières ou les échecs : injections péri-urétrales, ballons ajustables ACT® — dont l’équipe a publié les résultats [4] —, colposuspension, et sphincter urinaire artificiel pour les insuffisances sphinctériennes sévères. Le service est l’un des rares centres français experts de cette prothèse chez la femme, y compris par voie robot-assistée [5], et participe au registre national dédié [6].

L’incontinence par hyperactivité vésicale

  • Elle se manifeste par des envies pressantes (urgenturies), des mictions trop fréquentes et des fuites précédées d’un besoin urgent. Une cause locale (infection, calcul, polype) est d’abord recherchée, notamment par analyse d’urine et, selon les cas, échographie, fibroscopie et catalogue mictionnel.
  • Le traitement de première intention associe mesures hygiéno-diététiques (répartition des boissons, réduction des excitants, arrêt du tabac), rééducation et médicaments (anticholinergiques ou béta-3 mimétiques), parfois complétés par un traitement hormonal local après la ménopause.
  • Pour les formes rebelles, deux traitements de deuxième ligne ont fait la preuve de leur efficacité et sont pratiqués dans le service : la neuromodulation sacrée (un « pacemaker de la vessie » implanté après une phase de test, que l’équipe évalue aussi dans les vessies neurologiques [7]) et les injections intra-vésicales de toxine botulique, renouvelées lorsque l’effet s’épuise [8].

L’incontinence mixte

Lorsque les deux mécanismes coexistent, un bilan urodynamique est utile pour les démêler. On traite d’abord la composante la plus gênante, avec les méthodes décrites ci-dessus, en informant précisément la patiente de ce que chaque traitement peut — et ne peut pas — corriger.

Prolapsus et périnée : une prise en charge globale

L’incontinence s’associe fréquemment à des troubles de la statique pelvienne (descente d’organes ou prolapsus : vessie, utérus ou rectum), qui relèvent des mêmes causes. Le service assure la prise en charge globale de cette pelvi-périnéologie : les dossiers complexes sont discutés au cours d’une réunion de concertation pluridisciplinaire dédiée, avec les gynécologues et les gastro-entérologues du CHU. L’urologue prend également en charge des pathologies plus spécifiques comme les cystites interstitielles (syndrome de la vessie douloureuse) et les situations de recours après échec de premiers traitements.

L’expertise du service

Le service dispose d’une consultation spécialisée de pelvi-périnéologie et d’urologie de la femme, d’un plateau complet d’explorations (bilan urodynamique, débitmétrie, fibroscopie) et de l’ensemble des traitements actuels : rééducation coordonnée, bandelettes, ballons ajustables, toxine botulique, neuromodulation sacrée, chirurgie du prolapsus et sphincter urinaire artificiel — y compris robot-assisté, dont il est l’un des centres experts français [5, 6]. Vous pouvez prendre rendez-vous pour une consultation dédiée.

Une équipe qui fait progresser les connaissances

L’équipe participe au registre national VIGI-MESH de surveillance des bandelettes et implants [2, 3], au registre prospectif national du sphincter artificiel féminin [6], et publie sur les ballons ajustables [4], la chirurgie robot-assistée du sphincter [5], la neuromodulation [7] et la toxine botulique [8]. Retrouvez ces travaux sur la page Les publications de l’équipe ; participer à une étude clinique peut également vous être proposé.

Références

  1. Recommandations françaises sur la prise en charge des troubles mictionnels — The French Journal of Urology, 2025.
  2. Serious complications and recurrences after retropubic vs transobturator midurethral sling procedures for 2682 patients in the VIGI-MESH registry — American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2024.
  3. Patient-reported health and quality-of-life after midurethral sling: a comparative analysis from VIGI-MESH registry — The French Journal of Urology, 2026.
  4. Adjustable Continence Therapy (ACT®) balloons to treat female stress urinary incontinence: effectiveness, safety and risk factors — International Urogynecology Journal, 2023.
  5. Open vs. robot-assisted artificial urinary sphincter implantation in women with stress urinary incontinence: a multicenter comparative study — Journal of Clinical Medicine, 2025.
  6. Prospective registry for patients undergoing artificial urinary sphincter surgery for female stress urinary incontinence — The French Journal of Urology, 2026.
  7. Short- and mid-term efficacy of sacral neuromodulation in the treatment of neurogenic overactive bladder — Multiple Sclerosis Journal, 2025.
  8. Intravesical injections of botulinum neurotoxin A to treat overactive bladder related to multiple sclerosis — Multiple Sclerosis Journal, 2023.

Cet article est inspiré des fiches d’information de l’Association Française d’Urologie : consultez la fiche patient sur l’incontinence urinaire sur Urofrance.org.

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